|
Interview Kerascoët le dimanche 29 janvier 2006 au festival d'Angoulême Merci à Marie & Sébastien (qui se cachent derrière le pseudonyme Kerascoët) qui ont répondu à nos questions avec la meilleure volonté du monde. Des contretemps dus au fait qu'on n'a pas d'excuse sinon qu'on est des gros nullards ne nous ont pas permis de proposer cette interview plus tôt. Toutes nos excuses aux auteurs. Nous publions donc cette interview à la veille de la sortie du nouvel album Donjon Crépuscule, Les Nouveaux Centurions, prévue pour le 4 octobre prochain.
Comment en êtes venus à travailler sur Donjon ?C'est Joann qui est venu vous chercher ou bien vous vous êtes proposés ? Marie : En fait on a rencontré Joann quand on a travaillé sur l'adaptation de Petit Vampire (NDM : Série de Joann Sfar chez Delcourt) en dessin animé, et à la fin de l'adaptation il nous a proposé d'essayer sur quelques planches voir ce que ça donnait pour Crépuscule ; ça leur a plu et voilà ! C'était à l'époque ou ils cherchaient un repreneur pour la série, comme ils en ont cherché un aussi pour Zénith ? Sebastien : Ouais ils avaient décide d'arrêter de dessiner eux-même. Marie : Ca faisait un moment qu'ils cherchaient. Sébastien : Parce qu'ils voulaient que les albums sortent plus ... Marie : Fréquemment. Sébastien : … Fréquemment, et qu'ils savaient qu'ils avaient pas le temps : donc ils se sont dit que plutôt que faire attendre trop longtemps entre deux albums, ils délèguent leurs séries à d'autres dessinateurs. Et eux ils se réservent la possibilité de pouvoir faire des Monsters s'ils ont envie. Ainsi ils nous ont proposé de faire un test et en fait ça s'est fait super rapidos, c'était super cool ! On n'a même pas refait les premières planches de test, on les a reprises !
Vous connaissiez déjà Donjon avant ? Sébastien : Ouais. Marie : Moi j'avais pas tout lu … Sébastien : C'est son petit frère qui nous a fait découvrir, ça me faisait super marrer ! Marie : Mais on connaissait surtout Zénith et le tout début des autres séries ; on avait vu les Monsters mais on avait pas trop suivi l'histoire, on a dû tout reprendre. Comment vous vous y êtes pris ? Sébastien : Ben on a demande à Delcourt tous les albums, on a tous lu, essayé de faire les liens, et puis grâce au site (NdM : Les Murmures !), non mais c'est vrai, j'ai appris des trucs que j'avais même pas calculé ! Y a une grosse masse d'infos, mais de toute façon tout est écrit, on sait ce qui va se passer et tout. Et après on brode là-dessus, c'ests non plus sacro-saint, on a de la marge de manœuvre, mais ce qui est écrit, on le respecte aveuglément. Quelques fois on trouve presque la signification de ce qu'on a fait non pas au moment où on le fait mais une fois que l'album est fini !
Et vous avez eu du mal à vous adapter, à vous inscrire dans l'univers graphique ? Iil y a eu des exigences particulières de la part des auteurs, de Lewis et Joann ? Sébastien : Les exigences c'était que ça ressemble pas, enfin ils ne voulaient pas que ce soit trop du sous-Joann : parce que comme on avait bossé pendant un an sur le dessin animé, Lewis avait super peur qu'on fasse vraiment comme Joann, et nous on flippait un petit peu ! Marie : On avait peur d'être comparés. Sébastien : De toute façon on savait qu'on allait l'être, on avait peur que ça chute, ou que graphiquement ça soit trop proche ... Au début on n'arrêtait pas de se poser la question : « est-ce que c'est pas trop ci ? Est-ce que c'est pas trop ça ? ». Mais au départ, c'est bien pour cette proximité graphique que Joann nous a proposé de bosser sur le dessin animé et c'est aussi pour ça qu'il nous a proposé de reprendre Donjon ! On a la même sensibilité, donc au niveau du dessin ça nous a pas fait peur, parce que c'était vraiment notre univers. Après c'est plutôt l'adaptation au format Donjon qui a été plus dure. Est ce que du coup les auteurs vous on demandé de refaire certaines choses, ou ça a collé immédiatement à ce qu'ils attendaient ? Marie : Ouais, sur l'album, on a refait trois planches au début, parce qu'on n'était pas du tout à l'aise. Sébastien : On les a refaites, et ils nous ont vachement fait confiance, encouragés, après c'est allé – pfiou –, ça allait de soi.
Vous disposiez de tout le scénario dès le début ou vous l'avez reçu au compte-goutte ? Marie : Non en fait on faisait 10 planches par 10 planches. Et à quel niveau se faisait le contrôle de la part des auteurs ? Par groupe de 10 planches ou au fur et a mesure ? Sébastien : À chaque fois qu'on a des crayonnés on les envoies d'abord à valider a Joann. On passe pas par Lewis, parce que c'est Joann qui supervise Crépuscule et Lewis qui supervise Zénith. La seule chose qu'on ait vue avec Lewis c'est la couv', parce qu'au début ça ne lui convenait pas. Marie : À Joann on envoie les crayonnés pour voir si on n'a pas fait d'erreur d'interprétation, si on n'a pas manque un gag … Sébastien : Pour voir si ça lui plaît graphiquement aussi. Et après, une fois qu'on a cette validation là, on fait l'encrage et pareil, il reçoit l'encrage. Ça a tourné assez vite, très peu d'allers-retours. Questions aux lecteurs plus qu'aux dessinateurs : par rapport à la noirceur des précédents épisodes de crépuscule, cet album se démarque par une surprenante légèreté. Comment avez-vous trouvé l'histoire par rapport aux autres albums ? Marie: On a bien rigolé ! Sébastien : Bin au début on prenait tout en pleine tronche comme ça, en plus on n'avait pas l'ensemble de l'histoire, on pouvait pas juger. Donc nous on l'a fait au fur et a mesure, on voyait surtout les gags, ça nous faisait marrer. On a essayé surtout de s'approprier le truc. On était vraiment dans une logique de faire les choses. On n'avait pas du tout de recul. C'est après coup qu'on a vu l'ensemble et c'est vrai qu'avec cette vision globale je sentais bien que ça faisait vraiment une pause par rapport à ce qu'ils avaient fait avant dans Crépuscule. Et j'avais vraiment l'impression que c'était une sorte de test pour voir "qu'est-ce qu'ils sont capables de faire ? Qqu'est-ce que ça peut donner ?".Moi je l'ai vraiment ressenti comme ça. Et Marie non. C'est bien, on est deux ! Et là en fait, dans celui qu'on est en train de faire, j'ai l'impression qu'on revient vraiment dans la suite de crépuscule, et que c'est vachement plus intense, plus dense ... Plus sombre ? Non, c'est aussi déconnant, y a plein de blagues, mais c'est plus dense, et on revient aux personnages qu'on avait un petit peu mis de côté ... ![]() Par ailleurs comment ça s'est passé au niveau de la colorisation ? Sébastien : Bin, euh, Walter ! Vous avez tout laissé entre ses mains ? Quelle implication aviez-vous dans son travail ? Lui avez-vous fait reprendre des choses ? Sébastien : En tant que dessinateur, on a la supervision, on nous demande notre avis, c'est sur. Marie : On était contents de ce qu'il avait fait. Sébastien : Menteuse ! Marie : Il a pas fait ce qu'on lui a demandé mais ça rend bien quand même ! Sébastien : Le truc c'est que c'était la première fois qu'on faisait un dessin noir et blanc sans faire la couleur derrière. Parce qu'on a déjà fait plein de trucs d'illustration, et à chaque fois on faisait nous même les couleurs. Marie : En fait le plus dur c'est que les planches qu'on trouvait pas bien en noir & blanc, ça les rendait encore plus moche ! Parce qu'on voit quand le dessin est loupé quand c'est en couleurs. Et c'est là où on a eu du mal sur certaines planches. Walter les a refaites mais c'est le dessin qui collait pas, c'était pas la couleur ! Sébastien : Ca fait de toute façon ultra bizarre ! Mais on a pris l'habitude parce qu'on a bossé avec d'autres coloristes sur un autre projet, et depuis on n'a plus la même vision. Mais au début c'était super dur. Ca vient aussi du fait que moi j'ai essayé plein de trucs au niveau du traitement du noir & blanc : par exemple je sais pas si ça se voit mais au niveau des nuages, à chaque fois je tentais des trucs et au bout d'un moment j'arrivais à trouver ce qui me satisfaisait. Du coup maintenant on repart pour la suite avec une base où on sait ce qui marche dans le mix entre notre noir et blanc et sa couleur, et je vais plus directement … euh on va plus directement à un truc efficace. Marie : Parce que c'est Sébastien qui fait les nuages c'est pour ça qu'il a dit je. Sébastien : Oui, moi je suis ‘nuages' !
Oui donc, il y a une répartition de dessin entre vous deux ? Sébastien : Alors oui oui, mais c'est très aléatoire, pas du tout systématique, y a pas de méthode : ça repose surtout sur ce avec quoi on va être à l'aise au moment ou on va le faire. « Ca, ça t'inspire ? », « Ca t'inspire pas ? », « Nan, ça je le vois pas du tout » … Et vous vous êtes capables de savoir qui a dessiné quoi en regardant vos planches ? Sébastien : Nous, oui, plus ou moins. J'avoue qu'il y a des trucs je suis pas capable de dire. Mais ça, d'avoir bossé dans le dessin animé c'est ça aussi ! Dans le dessin animé, au bout du compte y a un rendu, dont personne ne voit qu'il y a eu 5 ou 10 personnes qui ont bossé dessus. Marie : Enfin bon n'empêche que la BD par contre y a une personnalité ? Ca n'a rien à voir. Sébastien : Nan je ne parle pas de personnalité, mais qu'il y ait un mix dans le dessin. Dans la manière dont on travaille il faut savoir qu'on ne dessine pas du tout pareil. On n'a pas du tout le même style et on n'a pas du tout la même vision du dessin. Si fait qu'on essaie de s'enrichir l'un l'autre en ne bloquant pas sur ce qu'on sait faire ou non. Et ce qui est super agréable c'est qu'à chaque fois y en a un qui vient pour aider l'autre.
Est-ce que par exemple il y a des persos ou des lieux que l'un s'est plus approporié que l'autre et qui du coup lui revient ? Sébastien : Ce qui est marrant avec certains personnages, c'est qu'il y en a un de nous deux qui commence à le dessiner, qui va apporter au personnage quelque chose qui n'était pas là au départ, et l'autre va ajouter aussi autre chose mais dans une direction complètement différente. Il y a un exemple, c'est vraiment un exemple parmi l'ensemble : au début quand j'avait fait Baal, c'était vraiment les gros muscles tout ça. Et puis quand Marie l'a dessiné, il a pris vraiment un autre aspect qui était plus gag. Ce que j'aime bien c'est le contraste entre le côté quand-on-y-va-c'est-vraipment-super-héros-à-fond mais assumé, avec gros muscles et tout, et le côté un peu désuet qui est lui aussi ultra assumé. Et les deux ensemble c'est ça qui me fait marrer ! Marie : J'ai pas compris ! (Rires) Est-ce qu'il y a un album de Donjon que vous aimez particulièrement, voire que vous auriez été fier de dessiner ? Sébastien : Les raisons qui me font aimer un album, moi, c'est l'ensemble, c'est vraiment le mix du dessin et de l'histoire : les albums de Blain, c'est ça : y a tout. Le Killoffer, pareil, le Blutch, le Bézian ... à chaque fois c'est tellement cohérent. Donc non, les albums existent tels qu'ils existent, et c'est ainsi qu'on les apprécie. Pour conclure, donc, vous travaillez en ce moment sur le Crépuscule 105, qui doit sortir à l'automne : vous pouvez nous en parler ? Sébastien : C'est top secret ! Surtout, nous même on n'en sait pas grand-chose pour l'instant. Ce qu'on peut vous dire, c'est que le dragon qui raccompagne Zakûtu à la fin du DC104, il s'appelle Soggoth ! Voilà. ![]() Donjon Crépuscule 104 – Le Dojo du lagon (Delcourt) –mai 2005 Miss Pas Touche – tome 1/2 La Vierge du bordel (Dargaud) – avril 2006 Ouvrages à paraître : Miss Pas Touche – tome 2/2 (Dargaud) – janvier 2007 |